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L’essentiel à retenir

Ce que vous avez inscrit dans les réglages de votre IA, ou omis d’y inscrire, pèse sur chaque réponse, même quand le prompt est bien construit.

Trois emplacements pour trois durées de vie : la personnalisation (qui vous êtes), le contexte (l’organisation ou la mission), le prompt (la demande du jour).

Testé sur une clause SaaS : la personnalisation change la méthode de la réponse, le contexte change sa pertinence. Ni l’une ni l’autre ne dispense de relire.

Avant votre prochain prompt : ouvrez vos réglages, relisez-les, et donnez le contexte au bon endroit.

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Lorsque vous demandez à une IA d’analyser un contrat, sait-elle qui vous êtes ou comment vous travaillez ?

Si vous n’avez jamais ouvert les réglages de votre outil, la réponse est non. Si vous les avez remplis un jour, sans savoir exactement quoi et où, la réponse est probablement : pas assez.

Aujourd’hui, beaucoup de mes clients pensent qu’avoir appris à détailler les prompts suffit. Mais une chose est claire : ça ne suffit pas ! Pourquoi ? Parce que une partie des informations qui influencent la réponse n’est pas liée à la demande de l’instant.

Pour mesurer l’effet de ces informations, j’ai soumis la même clause contractuelle et le même prompt à ChatGPT dans trois configurations : sans personnalisation ni contexte, avec une personnalisation professionnelle, puis avec cette même personnalisation complétée par le contexte d’IA Juridique.

J’ai choisi ChatGPT parce que je l’utilise au quotidien ; la méthode se transpose à Claude, à Gemini ou à Copilot, sous d’autres appellations.

Pour éviter de tout entasser dans un prompt, je distingue trois emplacements :

  • La personnalisation indique à l’IA qui vous êtes, quelle est votre activité et comment vous souhaitez travailler avec elle.
  • Le contexte décrit l’organisation, la mission ou la situation dans laquelle s’inscrit votre demande.
  • Le prompt formule la demande du jour : la tâche, le résultat attendu et les contraintes propres à cette demande.

Ces trois emplacements correspondent à des durées d’utilité différentes. La personnalisation accompagne la plupart des conversations ; le contexte vaut pour une organisation, une mission ou une série de demandes ; le prompt répond au besoin immédiat. Leur emplacement et leur appellation varient selon les outils et évoluent fréquemment.

Dans cet article, je m’attache à la personnalisation et au contexte, ce sont les deux éléments que j’ai fait varier.

A propos de moi :

Comment les professions du droit peuvent-elles utiliser l’IA sans improviser, ni exposer leurs données ? Quels usages sont vraiment utiles ? Quels sont ceux qu’il faut bannir ?

Juriste depuis 25 ans, j’ai créé IAJuridique pour vous accompagner de façon pragmatique dans l’adoption concrète, utile et encadrée de l’IA : formation, conformité, choix d’outils et conduite de projet.

N’hésitez pas à me contacter

La personnalisation : ce qui doit accompagner vos conversations

La personnalisation permet de définir des instructions que l’outil prendra en compte dans les conversations.

Voici la personnalisation utilisée pour le test :

Je suis Emmanuelle, juriste, fondatrice d’IA Juridique et ancienne directrice juridique. J’accompagne les entreprises et les directions juridiques dans l’intégration de l’IA à leurs pratiques, notamment en matière de formation, de gouvernance, de conformité et d’évolution des méthodes de travail. J’utilise également l’IA dans mes activités de recherche, d’analyse, de rédaction et de préparation de négociations contractuelles.

Adresse-toi à moi comme à une professionnelle du droit : évite les rappels juridiques élémentaires et les avertissements génériques. Je souhaite des réponses rigoureuses, structurées, concrètes et directement exploitables.

Distingue ce qui est certain, ce qui dépend d’une hypothèse et ce qui doit être vérifié. Lorsque tu formules une affirmation juridique, mentionne le texte, la jurisprudence ou la source qui la fonde lorsque tu peux l’identifier précisément. Ne présente pas comme vérifiée une référence qui ne l’a pas été et signale explicitement toute source qui doit être confirmée. Identifie les informations manquantes lorsqu’elles peuvent modifier l’analyse. Lorsque tu proposes une solution, tiens compte de sa faisabilité opérationnelle et de sa négociabilité.

Bien sûr, cette formulation n’a pas vocation à devenir un bloc standard à copier-coller : son intérêt vient précisément de son adaptation à une pratique professionnelle réelle.

Instructions personnalisées dans les paramètres de ChatGPT (Paramètres › Personnalisation)

Le contexte : une information à donner au bon moment

ChatGPT ne comporte pas de bouton intitulé « Contexte ». Le contexte rassemble les informations susceptibles de modifier la réponse : l’organisation concernée, la mission poursuivie, les contraintes opérationnelles ou les conséquences possibles d’une décision.

Pour la dernière configuration, j’ai transmis le bloc suivant avant d’envoyer la clause :

Pour la demande qui suivra, prends en compte le contexte suivant sans l’analyser ni le commenter.

Dans la demande et la clause qui suivront, « l’Entreprise » désigne IA Juridique.

IA Juridique est une structure française qui accompagne les entreprises et les directions juridiques dans l’intégration de l’intelligence artificielle à leurs pratiques.

Le service SaaS envisagé sera utilisé régulièrement. Il pourra traiter ou héberger des documents de travail liés aux missions réalisées pour les clients, tels que des contrats, des notes juridiques, des comptes rendus ou d’autres informations non publiques.

IA Juridique ne dispose pas d’une équipe informatique interne. Une indisponibilité prolongée du service ou la perte de contenus pourrait perturber la réalisation des missions en cours.

Comme vous le voyez, ce texte ne qualifie pas juridiquement la clause et ne donne aucune consigne de négociation. Il fournit les faits qui permettent d’en apprécier la portée pour l’organisation concernée.

Attention : le caractère stable d’une information ne suffit pas à la faire entrer dans la personnalisation. Par exemple, l’absence d’équipe informatique concerne durablement IA Juridique, mais elle n’est utile que pour certaines demandes ; je l’ai donc placée dans le contexte de cette analyse.

Contexte transmis dans une conversation nouvelle, avant le prompt commun

Le test : une même clause, trois configurations

Pour notre test, j’ai retenu une clause Responsabilité-Assurance qui se prête bien à l’exercice car son appréciation dépend de sa rédaction, du prix du service, de son importance opérationnelle et de la nature des informations susceptibles d’être traitées.

Le test a été réalisé hier sur ChatGPT Business, en mode Chat et avec le niveau de raisonnement Pro.

Pour chacune des configurations, j’ai ouvert une conversation entièrement nouvelle, avec mémoire, recherche sur le Web, bibliothèque et connecteurs désactivés, et j’ai conservé la première réponse, sans relance ni reformulation.

Ce test compare l’effet des informations fournies à réglage constant ; elle ne compare pas les niveaux de raisonnement.

Par défaut, les données transmises ne sont pas utilisées pour entraîner les modèles quand vous utilisez un compte ChatGPT Business, mais cette garantie ne dispense évidemment pas de vérifier les règles internes de confidentialité avant d’inscrire des informations sur l’organisation dans une personnalisation ou un projet.

La clause soumise

Il s’agit d’une clause type de contrat SaaS : service fourni « en l’état », sauvegardes à la charge du client, exclusion de responsabilité en cas d’interruption, plafond limité aux sommes versées le mois précédant le dommage, engagement d’assurance réciproque. Le texte intégral figure en annexe.

Le prompt commun aux trois tests :

Je souhaite souscrire à un service SaaS auprès d’un prestataire. Le contrat est soumis au droit français. Dans la clause ci-dessous, la partie qui souscrit au service est désignée par « l’Entreprise ».

Voici la clause Responsabilité–Assurance que le prestataire me propose :

[Texte intégral de la clause inséré ici — voir annexe]

Analyse cette clause du point de vue de l’Entreprise. Identifie les risques qu’elle présente, les points qui devraient être négociés et les informations qui te manquent pour en apprécier précisément la portée. Propose ensuite une rédaction alternative complète de la clause, plus protectrice pour l’Entreprise, mais qui reste défendable dans une négociation avec le prestataire.

Ne me pose pas de question avant de répondre. Lorsque certaines informations sont nécessaires, indique-les directement dans ton analyse et explique en quoi elles pourraient modifier ton appréciation.

Pour les besoins de ce test, ne recherche aucune information sur l’Entreprise sur Internet et fonde-toi uniquement sur les éléments qui te sont fournis.

J’ai conservé les trois réponses complètes ; écrivez-moi si vous souhaitez les lire en entier. Les extraits ci-dessous sont reproduits sans réécriture.

Ce que les trois tests ont changé

1. Sans personnalisation ni contexte : une base déjà très solide

La première réponse identifie immédiatement les risques centraux : exclusion de responsabilité, plafond potentiellement nul, transfert des sauvegardes, absence d’exceptions et assurance insuffisamment définie. Elle demande les informations manquantes et propose même une rédaction alternative complète.

Extrait du test 1

La clause est très défavorable à l’Entreprise. Elle organise, en pratique, un transfert presque intégral vers l’Entreprise des risques normalement attachés à l’exploitation d’un service SaaS. […] Recommandation : ne pas accepter la clause en l’état, en particulier si le Service est important pour l’activité, traite des données sensibles ou importantes, ou ne peut pas être facilement remplacé.

Le prompt commun accomplit donc déjà une grande partie du travail. La réponse reste toutefois générale : elle énumère largement les hypothèses possibles et traite de nombreux scénarios sans savoir lesquels concernent réellement l’Entreprise.

2. Avec la personnalisation : une méthode juridique plus explicite

La deuxième réponse reprend l’essentiel de l’analyse juridique de la première. Le changement apparaît surtout dans la méthode : réserve liminaire sur les sources, séparation entre points certains, hypothèses et vérifications, distinction entre position de négociation et position de repli.

Extrait du test 2

Aucune recherche externe n’a été effectuée. Les références de droit français mentionnées ci-dessous sont données comme points d’appui juridiques identifiés de mémoire ; leur rédaction consolidée et leur portée jurisprudentielle actuelle devront être confirmées avant l’émission d’un avis définitif ou l’ouverture d’un contentieux.

La personnalisation ne modifie presque pas l’inventaire des risques juridiques. Elle rend en revanche plus visible la discipline attendue d’une réponse professionnelle : niveau de certitude, traçabilité, vérifications à effectuer et marge de négociation.

3. Avec la personnalisation et le contexte : une analyse mieux ciblée

La troisième réponse relie la clause à l’activité d’IA Juridique. Elle accorde davantage de poids aux documents des missions, à la confidentialité, à la continuité de service, aux capacités d’export et à l’absence d’équipe informatique dédiée.

Extrait du test 3

Pour IA Juridique, cette stipulation est particulièrement sensible : les contenus concernés peuvent être des documents de missions en cours et des informations non publiques appartenant ou se rapportant aux clients. Une simple sauvegarde occasionnelle par téléchargement ne constitue pas nécessairement un dispositif réaliste de continuité d’activité.

La réponse va également plus loin dans la traduction opérationnelle : sauvegarde quotidienne, conservation de trente jours, Recovery Point Objective de 24 heures (perte de données maximale admise), Recovery Time Objective d’un jour ouvré (délai maximal de rétablissement) et montants planchers pour les plafonds de responsabilité. Elle précise que ces valeurs constituent des positions de négociation à calibrer, et non une mesure objectivement déterminée du risque.

Attention : le contexte n’empêche pas toute extrapolation. Le message indiquait que le service « pourra traiter ou héberger » des documents ; la réponse affirme ponctuellement que les données sont hébergées par le prestataire. Cette légère transformation d’une possibilité en fait établi rappelle qu’une réponse contextualisée doit toujours être relue.

Ce que le test permet réellement de conclure

Un prompt précis, associé à un modèle très avancé, a produit dès la première tentative une analyse juridique très complète. L’expérience ne montre donc pas une progression d’une mauvaise réponse vers une bonne.

La personnalisation agit surtout sur la manière de travailler : niveau de langage, prudence sur les sources, distinction des certitudes et des hypothèses, structure de la négociation. Le contexte agit sur la pertinence : il aide l’IA à sélectionner les risques importants pour l’organisation et à traduire l’analyse en recommandations plus concrètes.

Le niveau de raisonnement Pro a probablement renforcé la qualité de la réponse initiale et réduit l’écart entre les configurations. Cet effet de plafond fait partie du résultat : même avec un modèle puissant et un prompt robuste, le contexte améliore encore la hiérarchisation et l’utilité pratique.

Maintenant, à vous de construire votre propre mode d’emploi

1. Écrivez votre personnalisation professionnelle

Quelques lignes suffisent, sur ce modèle :

Je suis [fonction], [domaines d’intervention]. J’utilise l’IA pour [usages : recherche, analyse, rédaction, préparation de négociations]. Adresse-toi à moi comme à [niveau d’expertise] : évite [ce dont vous n’avez pas besoin]. Distingue ce qui est certain, ce qui dépend d’une hypothèse et ce qui doit être vérifié. Lorsque tu proposes une solution, tiens compte de [faisabilité opérationnelle, négociabilité, format attendu].

Relisez-les avec deux questions : cette information reste-t-elle vraie dans la majorité de mes conversations ? A-t-elle réellement une influence sur la réponse attendue ?

2. Préparez le contexte de l’organisation ou de la mission

Pour une demande ponctuelle, vous pouvez commencer une conversation par :

Pour les demandes qui suivront, prends en compte le contexte suivant : je travaille pour [organisation ou mission], dont l’activité est [activité]. Le travail porte sur [usage ou projet]. Les principales contraintes factuelles sont [taille, organisation, outils, calendrier, ressources, sensibilité des données ou conséquences possibles].

Si vous intervenez pour plusieurs clients ou sous plusieurs casquettes, évitez d’installer dans la personnalisation générale un contexte qui ne s’appliquera pas à toutes vos demandes. Donnez-le dans la conversation concernée ou dans un projet dédié.

3. Gardez dans le prompt ce qui appartient à la demande du jour

Le prompt précise le résultat attendu, les éléments à analyser, le droit applicable, le destinataire, le format et les contraintes propres à la tâche ; ce qui figure déjà dans la personnalisation ou le contexte n’a pas à y être répété.

4. Vérifiez les autres réglages et les sources accessibles

Avant un travail sensible, regardez aussi ce que l’outil peut utiliser : mémoire, recherche sur le Web, fichiers, bibliothèque, plugins ou connecteurs.

Ces fonctions ne remplacent ni la personnalisation ni le contexte, mais elles modifient les informations disponibles ; leur activation doit correspondre au besoin réel du dossier.

Avant votre prochain prompt

Ouvrez les réglages de votre outil et relisez ce que vous lui avez indiqué.

Vérifiez ensuite que les informations relatives à votre organisation ou à votre mission lui ont été données au bon endroit.

Quelques lignes bien placées évitent de répéter les mêmes explications et, surtout, aident l’IA à hiérarchiser sa réponse.

Bons tests à tous !